Archive | juillet, 2012

Condamnation d’Antena 3 pour détournement photographique : dépassionnons le débat sur le Sahara occidental

17 Juil

Bruxelles, 12 juillet 2012 (MAP) –  Des députés européens ont déploré que la chaine de télévision espagnole « Antena 3″ soit à l’origine de pratiques susceptibles d’induire en erreur l’opinion publique et de porter préjudice gravement à un pays comme le Maroc », et exprimé leur soutien aux membres de la famille Rachidi, suite à la condamnation par la justice belge de cette chaine
Dans un communiqué rendu public jeudi, à la suite de la condamnation de la chaîne espagnole, ces députés réaffirment leur engagement en faveur d’un « traitement dépassionné et objectif des informations » sur la situation au Sahara, soulignant que la condamnation d' »Antena 3″ rappelle ce « devoir impérieux ».
Ils affirment que la photographie diffusée par « Antena 3 » en novembre 2010, dans le cadre d’un reportage sur les évènements de Gdim Yzik près de Laâyoune, « était sans lien avec ces évènements et n’avait pas à figurer dans ce reportage », tout en exprimant leur soutien aux membres de la famille des victimes que « ces images et leur utilisation ont profondément choqués ».
Le 12 novembre 2010, « Antena 3 » avait diffusé une photo montrant les corps de quatre membres de cette famille marocaine assassinés en janvier 2010 à Casablanca, la présentant comme étant celle d’une famille sahraouie tuée par les forces de l’ordre lors du démantèlement du campement de Gdim Yzik.
Le tribunal de première instance de Bruxelles a conclu que la photo diffusée par « Antena 3 » n’avait aucun rapport avec les évènements de Gdim Yzik, condamnant ainsi cette chaîne espagnole à verser 215.000 euros en réparation aux préjudices moral et matériel causés à cette famille.
Ce communiqué est signé par les députés Rachida Dati (France, PPE), Philippe Boulland, (France, PPE), Rodi Kratsa-Tsagaropoulou, (Grèce, PPE), Christiana Muscardini, (Italie, PPE), Gilles Pargneaux, député et président du Groupe d’Amitié UE-Maroc (France, S&D), Franck Proust, (France, PPE), Jean Roatta, (France, PPE), Marie-Thérèse Sanchez-Schmid, (France, PPE) et Dominique Vlasto, (France, PPE).(MAP)

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Un an après le printemps arabe, retour sur les avancées démocratiques du Maroc – Entretien avec Gilles Pargneaux

10 Juil

Sollicité par la MAP, Gilles Pargneaux, Président du groupe d’amitié UE-Maroc, a répondu à une série de questions relatives à l’avancée démocratique marocaine et au rôle joué par l’UE dans l’accompagnement de cette transition démocratique. Voici le retranscription de l’interview :

MAP : Que pouvez-vous retenir comme singulier dans la voie choisie par le Maroc et son Souverain pour répondre aux aspirations populaires?

Gilles Pargneaux : Il faut tout d’abord noter la clairvoyance du Roi : dans le contexte du Printemps arabe, la réponse des autorités marocaines a été très rapide. Il a fallu seulement 3 mois pour proposer une refonte constitutionnelle profonde du Maroc et ainsi répondre aux aspirations démocratiques du peuple marocain après les évènements de janvier 2011 en Tunisie.

Le Roi a aussi compris que les différences de développement entre les villes et les campagnes étaient un facteur de grogne sociale majeur au Maroc. Il est significatif que le Maroc soit classé 130e sur 187 pays dans le classement mondial de l’Indice de Développement Humain, malgré le fort développement de ses villes et en raison de l’état souvent préoccupant des campagnes. La réforme de la régionalisation avancée proposée par le Roi dans son discours du 19 mars 2011 semble être la meilleure solution pour harmoniser le développement territorial marocain.

Ce qui est vraiment singulier toutefois, c’est que la voie marocaine à la suite du Printemps arabe, n’a pas été parsemée de tensions et de conflits sociaux, la transition démocratique étant déjà engagée depuis un certain temps dans le royaume chérifien. A ce titre, il est utile de souligner que dès 2007 se tenait des élections législatives au Maroc où le ministère de l’intérieur n’interférait pas dans le décompte des votes. Fait rare dans les pays du Maghreb où les interférences des autorités dans le processus démocratique sont encore nombreuses.

MAP : Après l’adoption de la nouvelle constitution, les législatives du 25 novembre et l’arrivée aux affaires d’une nouvelle majorité, comment voyez-vous l’évolution institutionnelle en termes d’équilibre de pouvoirs et de pratique démocratique?

Gilles Pargneaux : La réforme de la justice reste un défi essentiel pour asseoir l’Etat de droit et consolider la crédibilité des réformes entreprises jusqu’à aujourd’hui au Maroc. La nouvelle constitution stipule l’indépendance de l’institution judiciaire, pilier de l’équilibre des pouvoirs. Cette déclaration doit maintenant prendre une forme concrète pour répondre aux attentes des marocains, qui voient souvent cette institution judiciaire comme un haut lieu de corruption. A ce titre, la constitution d’une Haute instance du dialogue national chargée de la réforme « globale et profonde » de la Justice, annoncée le 8 mai 2012, est un signe très encourageant. Cette instance, lieu de dialogue avec l’ensemble des parties prenantes du secteur judiciaire, doit maintenant aboutir une feuille de route ambitieuse pour aider l’action gouvernementale marocaine dans le domaine de la Justice.

L’UE ne peut que remarquer les efforts marocains pour créer un Etat de droit réel. Il faut toutefois attendre la transcription gouvernementale de la réforme de la Justice pour que l’UE débloque un appui financier et technique conséquent pour accompagner le Maroc dans ses ambitions.

MAP : Comment évaluez-vous l’évolution des droits de l’homme et des libertés au Maroc, en particulier les droits de la femme à la faveur des nouvelles dispositions constitutionnelles?

Gilles Pargneaux : La nouvelle Constitution a sur ce point apporté de grandes avancées. Le Maroc a ainsi fait un grand pas en avant contre la discrimination contre les femmes, en particulier le royaume a levé toutes les réserves à la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF)

Le gouvernement tarde cependant à annoncer des réformes nécessaires pour défendre les femmes contre les violences quotidiennes encore nombreuses au Maroc.   L’affaire Amina Filali (Un homme a pu échapper à des poursuites après avoir violé Amina Filali, une jeune fille de 16 ans, car en vertu du droit marocain, les poursuites sont abandonnées si le violeur se marie avec sa victime. Amina, qui s’est retrouvée dans cette situation s’est suicidée le 10 mars 2012, ce qui a levé une vive émotion au Maroc) a souligné qu’une série de réformes juridiques était nécessaires pour lever les obstacles à la poursuite des auteurs de viols et de violences conjugales.

Dans un cadre plus global, l’évolution des droits de la femme et également tributaire de la réforme de la Justice. En effet, selon les chiffres de l’ONU, 68% des femmes marocaines victimes de violence déclarent se méfier du système judiciaire, et n’y ont ainsi que peu recours. C’est une tare sévère du système marocain qui justifie d’autant plus l’urgence de la réforme de la Justice.

MAP : Comment l’Union européenne, et la France en particulier, pourraient-elles, selon vous, accompagner en ces temps de crise la transition démocratique au Maroc qui a besoin notamment de soutien économique.

Gilles Pargneaux : L’Union Européenne est consciente du rôle stratégique que joue le Maroc dans le monde arabe. Etant la démocratie la plus aboutie du sud du voisinage européen, le royaume peut à terme représenter un modèle de démocratie exportable chez ses voisins. C’est une des raisons pour laquelle l’Union Européenne fournit au Maroc une assistance financière conséquente, il s’agit en effet de la plus grosse enveloppe accordée à un pays du voisinage sud de l’UE avec un montant de 580 millions d’euros pour la période 2011-2013.

Il faut noter aussi que l’UE a su réagir rapidement aux bouleversements du printemps arabe en créant le programme SPRING. Ce programme finance des projets de réformes démocratiques dans l’ensemble des pays de la rive sud de la Méditerranée et dispose d’un budget de 350 millions d’euros pour 2011-2012.

MAP : En tant que député européen, quelles sont les actions que l’Union européenne pourrait-elle mener pour soutenir cet élan de changement.

Gilles Pargneaux : Le Maroc dispose d’un Statut Avancé avec l’UE, signifiant que l’Europe reconnait dans le Royaume chérifien un partenaire économique de premier ordre aussi bien que la volonté marocaine de solidifier sa démocratie. Conscient des changements profonds que venaient de connaitre le sud de la Méditerranée à la suite du printemps arabe, l’UE a souhaité actualiser ce Statut Avancé afin de bénéficier d’objectifs clair et d’un agenda commun précis afin de rationnaliser notre partenariat, l’actuel document du Statut Avancé est en effet trop déclaratoire et donc trop flou. Avoir une feuille de route claire dans ses objectifs, son budget, son agenda est aussi important que le montant financier alloué dans le cadre d’un partenariat.

Du point de vue des réalisations, la meilleure chose à faire pour l’UE est de cibler ces actions dans un souci d’efficacité. A l’heure actuelle, la priorité est donc de réaliser un accord de libre échange global entre l’UE et le Maroc qui permettra un commerce moderne et bénéfique à toutes les parties en jeu. Les discussions ont déjà commencé lors du sommet UE-Maroc du 10 juin dernier et la conclusion de l’accord fait partie des objectifs majeurs du Statut Avancé.

Autre point où l’UE pourrait soutenir le Maroc : l’accompagnement dans la mise en œuvre de la régionalisation avancée. A travers, des instruments de jumelage entre des Etats Membres et le Maroc (procédure qui existe déjà), l’UE pourrait partager ces bonnes pratiques et accompagner les réformes institutionnelles nécessaires dans le cadre d’une promotion de la démocratie participative.